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Qui a tué Georges Mandel ?

François Delpla, Ed. l’Archipel
Ne soyez pas rebutés par cet ouvrage dépassant les 400 pages : malgré la tragédie décrite pas à pas, ce livre se lit passionnément car fort bien rédigé, avec passion et précision.


Qui se souvient du juif Mandel ? Peu de monde, malgré les avenues à son nom, et c’est bien injuste.
Georges Mandel, né Louis Rothschild, se fait connaître comme bras droit de Clemenceau, avant la guerre de 14. Il devient même un homme clé du Traité de Versailles. Voilà déjà deux tares insupportables pour les nazis revanchards. Qui plus est, dès la résistible ascension de l’ancien-caporal-qui-voulait-devenir-un-peintre-renommé, Mandel perçoit l’épée de Damoclès que les nazis forgent pour réduire l’Europe, et plus encore, à la merci de leur idéologie, de leur barbarie sadique. Mandel est donc catalogué par Berlin comme juif anglophile, grand homme d’Israël international et surtout comme belliciste. Car le IIIème Reich, c’est bien connu, est alors épris de paix, de négociation, au point en 39-40 d’essayer de faire admettre à toute la planète que c’est l’Allemagne qui est agressée…
Mandel, travailleur, plutôt austère, supérieurement intelligent est un extra-lucide, voire un visionnaire. Ainsi, dès janvier 41, il prévoit la défaite nazie deux à trois ans au plus tard, après l’entrée en guerre des États-Unis et le développement de leur industrie d’armement. Il est craint, souvent méprisant pour les médiocres, surtout en 1940 à l’encontre des ministres acceptant la défaite et l’armistice. Le Tigre aurait d’ailleurs confié, bien avant : Mandel est capable de tout ! Il fait partie de plusieurs cabinets ministériels avec des portefeuilles différents. En 1935, titulaire des Postes, il lance la télévision française du pied de la tour Eiffel ! Bien avant le conflit, il est politiquement furieux contre ceux, la majorité, qui acceptent les reculades (Munich) car il voit arriver la « cata », la ligne Maginot, chère aux pacifistes n’étant, en plus, qu’un barrage plein de trous.
Bref, pour les nazis, Mandel est un ennemi public numéro 1, à part de Gaulle, qu’il rencontre une seule fois, le 13 juin 40 : « Vous aurez de grands devoirs à remplir, Général. Mais avec l’avantage d’être au milieu de nous tous un homme intact ». De Gaulle auquel, par lettre, il fera clairement allégeance de sa prison, en août 42. Au fait, Mandel aurait-il pu être un autre de Gaulle ? Oui, probablement, par ses qualités, son réalisme patriotique, sa détermination sans faille : lui n’a jamais flanché dira même Céline ! La différence essentielle entre eux tient en peu de mots. Mandel, refusant aussi de s’asseoir sur la déculottée militaire, ne veut pas partir tout seul continuer le combat et surtout il veut le poursuivre à partir de l’Empire, en particulier d’Afrique du Nord, pour laquelle, en compagnie d’autres grands responsables ou élus, il s’embarque sur le paquebot Massilia, pile au moment où Pétain demande l’armistice. Ramené manu militari en métropole, il passera le reste de sa vie, de l’automne 40 à juillet 44, dans un étrange zigzag d’internements, de forteresses, de camps, y compris Buchenwald.
Finalement, qui a tué Mandel ? Ils sont plusieurs, pas tous identifiés avec certitude côté nazi : certes Hitler, brut et stratège, connaissant bien son monde malgré une réputation mal fondée, Himmler, Abetz et d’autres hauts dignitaires l’ont longtemps considéré comme un otage, une monnaie d’échange. L’ordre, ou l’accord, vient peut être d’eux, car l’envie de l’éliminer les « titillait » depuis une dizaine d’années. Du côté de leurs valets philonazis de l’Hexagone rapetissé, Mandel était simplement l’homme à exécuter : nombre d’extrémistes français poussaient à la « fatwa » contre Mandel. Ce sera finalement basse besogne faite un mois après le débarquement, le 7/7/44. Un commando de sinistres sicaires de la Milice abattent comme un chien l’ancien ministre de l’Intérieur, du printemps 40, en forêt de Fontainebleau. Sans doute, dans le groupe des bourreaux, y a-t-il un représentant du féroce SIPO-SD nazi. En tout cas, des deux côtés on se dit « bon débarras ! ». L’estime que Laval lui porte n’a nullement protégé Mandel. A ce propos, le livre évoque les luttes claniques, d’influences, les hésitations, voire coups bas entre les chapelles de la collaboration, y compris dans ses rapports avec l’occupant : »le pilotage des relations franco-allemandes tient de la conduite automobile en aveugle ».
La thèse la plus répandue pour l’exécution de Mandel est celle de la vengeance de l’élimination alors récente du redoutable et exceptionnel tribun Philippe Henriot, coupable pour la Résistance, de « crimes verbaux ». Ce n’est pas vraiment faux. Surtout, l’opportunité était excellente d’un œil pour œil. En vérité, l’exécution de Mandel, souhaitée ardemment par Berlin, désirée avec insistance par la collaboration était certainement décidée bien avant.

Partant de la Santé, pour Vichy lui dit-on, à bord d’une traction, pour un Xème transfert « assuré » par la Milice, Mandel ne s’y trompe pas : « mourir n’est rien. Ce qui est triste, c’est de mourir avant d’avoir vu la libération de son pays et la restauration de la République ».
Gérard Dalmaz

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